Apollodore, Bibliothèque, II, 5, 1-12

Appolodore rapporte les deux versions qui ont cours sur ce mythe. La première, Héraklès aurait pris la Terre sur ses épaules le temps qu'Atlas aille cueillir les pommes pour lui. La seconde, il pénètre lui-même dans le jardin des Hespérides après en avoir tué le gardien (un serpent).

Les pommes du jardin des Hespérides auraient une valeur d'immortalité et de sagesse. Elles se situent au confins de la Terre. Pour les obtenir, Héraklès subit de nombreuses autres épreuves préalables, alors que la réussite des autres travaux semblait plus simple, ce qui tendrait à montrer la difficulté à acquérir sagesse et immortalité et le long chemin à parcourir pour y parvenir. Il en fait cadeau à Athéna qui les refuse et les restitue aux Hespérides. Une fois n'est pas coutume, Héraklès fait preuve de beaucoup de sagesse et de tempérance !

Il est aussi intéressant de noter que les pommes d'or sont un cadeau de mariage de Zeus et d'Héra. Or, dans l'Antiquité, la pomme pouvait aussi avoir une symbolique érotique, ce qui est notamment attesté par le fait qu'elle était l'un des attribut d'Aphrodite.

Au risque de vous décevoir, dans l'Antiquité, on appelait sans doute "pommes d'or" les agrumes tels que les citrons et les oranges.

Fichier:NAMA Héraclès & Atlas.jpgEurysthée [...] imposa encore un travail à Héraclès, le onzième : le héros devrait lui apporter les pommes d'or du jardin des Hespérides. Ce dernier se trouvait, non comme certains l'ont dit, en Libye, mais bien sur le mont Atlas, au pays des Hyperboréens, et c'était le cadeau de noces offert par Gaia à Zeus et à Héra. Un dragon immortel en avait la garde, fils de Typhon et d'Échidna, qui avait cent têtes et qui savait parler avec les voix les plus variées et sur tous les tons. Les Nymphes des Hespérides montaient également la garde : Églé, Érythie, Hespérie et Aréthuse. Chemin faisant, Héraclès arriva au fleuve Échédoros où Cycnos, fils d'Arès et de Pyrène, le défia en duel : Arès en personne se rangea aux côtés de Cycnos, et dirigea le combat. Mais la foudre s'abattit entre eux et l'affrontement fut interrompu. Héraclès poursuivit sa route vers le pays des Illyriens, jusqu'au fleuve Éridan, où il trouva les Nymphes, filles de Zeus et de Thémis. Elles lui indiquèrent le lieu où dormait Nérée. Héraclès le saisit dans son sommeil et le ligota, même si Nérée continuait de prendre mille formes différentes, et il ne le lâcha pas tant qu'il ne lui eut pas révélé où trouver les pommes des Hespérides. Ainsi le héros s'achemina-t-il vers la Libye. En ce temps-là, sur ce pays régnait Antée, le fils de Poséidon, qui avait l'habitude de contraindre à la lutte tous les étrangers, pour les tuer. Aussi obligea-t-il Héraclès : mais le héros l'empoigna, le souleva de terre, lui cassa les os et le tua. Chaque fois en effet qu'il touchait terre, Antée devenait toujours plus fort parce que - si l'on en croit certains - il était le fils de la Terre elle-même.

 

La Libye traversée, Héraclès arriva en Égypte. Le roi de cette contrée était Busiris, le fils de Poséidon et de Lysianassa, fille elle-même d'Épaphos. Busiris sacrifiait tous les étrangers sur l'autel de Zeus, conformément à une prophétie. Depuis neuf ans, en effet, l'Égypte était ravagée par la famine, et Phrasios, un savant prophète, arrivé de Chypre, lui avait prédit que la disette prendrait fin si chaque année il sacrifiait à Zeus un étranger. Le premier à être égorgé fut le devin lui-même ; et puis il continua avec tous les étrangers qui se présentaient. Héraclès lui aussi fut capturé et mené sur l'autel ; mais le héros rompit les cordes qui le liaient, et tua Busiris avec son fils Amphidamas.

Puis il traversa l'Asie et arriva à Thermydron, le port de Lindos. Là, il détacha l'un des deux taureaux du char d'un bouvier, le sacrifia et s'en fit un festin. Le bouvier ne put faire autrement que de fuir vers le sommet d'une montagne et maudire Héraclès de loin. Et, en souvenir de cet épisode, les habitants de Lindos accomplissent des sacrifices en prononçant des malédictions.

Le héros traversa ensuite l'Arabie, où il tua Émathion, le fils de Tithon ; il poursuivit son chemin vers la Libye, vers la mer extérieure où il emprunta à Hélios sa coupe. Ainsi passa-t-il de l'autre côté ; il aborda sur la terre ferme d'en face. Ayant rejoint les montagnes du Caucase, il tua avec ses flèches l'aigle, fils d'Échidna et de Typhon, qui dévorait le foie de Prométhée ; puis Héraclès le libéra, après s'être fait une couronne d'olivier, et présenta à Zeus le Centaure Chiron qui voulait mourir à la place de Prométhée.

Fichier:Mosaico Trabajos Hércules (M.A.N. Madrid) 11.jpg

Prométhée avait conseillé à Héraclès de ne pas cueillir les pommes avec ses mains, mais de soulager Atlas du poids du ciel, et de l'envoyer à sa place. Arrivé au pays des Hyperboréens, donc, le héros convainquit Atlas et soutint le ciel à sa place. Atlas cueillit trois pommes du Jardin des Hespérides, et les porta à Héraclès. Ensuite il ne voulut plus reprendre le ciel sur ses épaules. Héraclès alors le pria de lui accorder le temps de mettre autour de sa tête un bandeau pour porter ce poids ; Atlas déposa les pommes à terre et accepta de soutenir le ciel un moment encore : Héraclès s'empara les pommes et s'enfuit. Il y a en a qui affirment que ce ne fut pas Atlas qui lui apporta les pommes : le héros les aurait cueillies lui-même, après avoir tué le serpent-gardien. Puis il les porta à Eurysthée qui en fit cadeau au héros lui-même. Héraclès les donna ensuite à Athéna, mais la déesse les restitua aux Hespérides, parce qu'il n'était pas permis, de par la loi divine, que les pommes se trouvent dans un autre endroit.